En face du hameau des Loups, à Bonny-sur-Loire, nous avions la chance de bénéficier d’un magnifique sentier pédestre, traversant une charmante forêt composée d’une diversité d’essences d’arbres apportant une magnifique fraicheur pendant les étés caniculaires. Ce très beau sentier serpentait entre la Cheuille, une petite rivière et la Loire, permettant d’accéder facilement, à pied ou à vélo, aux berges majestueuse du fleuve, et d’observer à bonne distance les milliers d’oiseaux – sternes, gravelots, chevaliers, guêpiers, milans noirs, balbuzards, pics, etc. – qui habitaient ces rivages ou les strates arborées de la ripisylve, la forêt fluviale. L’endroit était placé sous la protection du Conservatoire d’Espaces Naturels Centre-Val de Loire, dans une zone Natura 2000 avec un classement d’inventaire destiné à protéger les oiseaux sauvages (Zone importante pour la conservation des oiseaux, « ZICO »). Les coupes ont lieu sur des parcelles privées, dans la zone Natura 2000, et semblent illégales (voir ici).

La plupart des sites touristiques de la région valorisaient ce territoire enchanteur. Voici par exemple sa description sur le site Terre de Loire et canaux :

« Nichée sur les Îles de Bonny, cette balade vous emmène entre la Loire et la Cheuille, où ces deux rivières se rejoignent à la pointe des îles. Ce site de 86 hectares abrite une mosaïque d’habitats alluviaux typiques du lit majeur de la Loire, incluant prairies, forêts alluviales, mares et grèves sableuses. Le saviez-vous ? Depuis 2004, le Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire gère ce précieux écosystème, en collaboration avec la mairie de Bonny-sur-Loire pour 30 hectares, et avec l’autorisation de la Direction départementale des territoires pour 56 hectares du domaine public fluvial. Alors, qu’attendez-vous ? Venez découvrir cet itinéraire enchanteur ! 🙂 »

La mairie de Bonny-sur-Loire avait même édité un livret de présentation de ce sentier, où figurait ce paragraphe :

« Un espace naturel préservé
Les îles de Bonny désignent les terres comprises entre la Loire et la Cheuille, dans le lit majeur de la
Loire. Elles abritent de vastes prairies naturelles ceinturées d’une mosaïque d’habitats typiquement
ligériens depuis les grèves sableuses jusqu’à la forêt alluviale.
On retrouve donc sur ce site tous les ingrédients d’un site majeur, inscrit au réseau européen Natura
2000 au sein du site “Vallée de la Loire de Tavers à Belleville-sur-Loire”.
Parmi les 23 habitats recensés sur le site, 5 types d’habitats sont en effet considérés d’intérêt
européen »

Les agences touristiques régionales avaient cartographié ce sentier :

Des naturalistes y venaient réaliser des inventaires, les habitants de la région y trouver un peu de fraicheur, les touristes et cyclistes de la Loire à vélo y passaient de bons moments, émerveillés comme nous par ce petit paradis naturel préservé. Bureau 122 avait organisé une ballade découverte sur ce même sentier avec des naturalistes.

Il va malheureusement falloir que tous ces organismes de protection et de valorisation révisent leurs descriptions, car comme trop souvent, les meilleures choses ont une fin : le petit sentier bucolique, ombragé et arboré, vient d’être partiellement détruit par une vaste coupe à blanc, et le départ de ce sentier (du côté de la passerelle Desnoyer, à proximité du hameau des Loups) n’existe plus, remplacé par un chaos d’arbres abattus et de larges chemins forestiers ouverts par de grosses machines industrielles, dans le bruit infernal des tronçonneuses. En voici quelques images, prises le 11 juillet 2025 :

La protection annoncée par le panneau du Conservatoire d’Espaces naturels Centre-val de Loire ne semble pas avoir suffit à préserver ce site d’une destruction importante, car les parcelles coupées sont privées :

Le chantier n’est pas sécurisé et aucun panneau d’information ne signale le danger des arbres en cours d’abattage. Quant au sentier, il ressemble maintenant plus à une route départementale qu’à un chemin pédestre :

3 Replies to “Coupe à blanc dans le sentier des îles de Bonny”

  1. Bonjour,

    Sachez que nous apprécions tout particulièrement l’intérêt que vous portez au Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire et à ses actions en faveur de la biodiversité.

    Toutefois, ce qui est beaucoup moins appréciable, c’est la mise en cause directe du Conservatoire vis-à-vis de la réalisation d’une opération dont vous ne pouvez ignorer qu’elle a eu lieu hors des terrains dont nous assurons la gestion et la préservation. A contrario de ce que les photos très orientées de votre article tendent à vouloir laisser à penser, l’endroit où s’est déroulé ce chantier est une propriété privée qui n’est pas placée sous la « protection » du Conservatoire. A bon droit, le propriétaire légitime y a exploité ses peupliers et ce sans que le Conservatoire n’ait quelque chose à en redire. Si vous avez quelques récriminations à formuler, nous ne saurions vous conseiller que de vous adresser à la personne concernée et d’éviter par-là de jeter le discrédit sur une structure dont la responsabilité n’est en rien engagée.

    Pour le Cen Centre-Val de Loire,
    Frédéric Breton – Directeur.

    1. Bonjour,

      Je vous réponds au nom de l’association :

      Les parcelles coupées dans la forêt alluviale de Bonny sur Loire appartiennent sans doute à des propriétaires privés. Encore faudrait-il le vérifier précisément, car nous n’avons à ce stade aucune certitude : le chantier est un chaos total, les bulldozers ont détruit tous les repères visuels et notamment le sentier de promenade des îles des Loups, et en l’absence de tout bornage, on ne peut que faire confiance aux commanditaires et opérateurs du chantier, ce qui ne va pas de soi. La demande de vérification du respect des parcelles du foncier, que nous avons faite au CEN par téléphone auprès d’un de vos salariés – qui nous a expliqué ne jamais être venu sur place et ne pas connaître le site – est restée lettre morte.

      Par ailleurs, le sentier qui a été détruit était entretenu chaque année par un ou des salarié(s) du CEN : deux membres de notre association sont particulièrement bien placés pour le savoir, puisqu’ils sont d’anciens conservateurs bénévoles du CEN. Ces deux conservateurs bénévoles ont ainsi, pendant plusieurs années, informé le CEN de tous les dégâts intervenant sur ce sentier afin qu’il soit réparé. A cette époque, personne au CEN ne leur a dit de ne pas se mêler des parcelles privées. Bien au contraire : ils étaient supposés surveiller le territoire, indiquer aux quads et aux motos qu’ils ne devaient pas circuler sur ces parcelles où était situé le sentier aujourd’hui détruit. Quand le sentier était refait à neuf, le technicien du CEN les appelait pour les en informer et les féliciter d’avoir signalé les dégâts, y compris sur les parcelles privées où se situait le sentier. Il est donc mal venu de leur reprocher maintenant de se mêler de ce dont ils devaient se mêler autrefois.

      Mais quoi qu’il en soit, nous n’avons pas besoin de savoir bureaucratiquement où nous posons le pied, ni sur quelle parcelle foncière, pour savoir que le chemin d’accès via la passerelle Desnoyers est une zone protégée, décrite comme telle dans différents sites et documents, dont le plan de gestion du CEN et les panneaux posés sur le sentier par le CEN : ce dispositif est explicitement destiné à faire ressentir au visiteur l’existence d’un système de protection de l’environnement. Les panneaux du CEN, à l’entrée du site et tout au long du sentier, indiquent clairement aux promeneurs la nécessité de faire attention : les chiens doivent être tenus en laisse, aucun engin motorisé n’est autorisé, des espèces fragiles y vivent, elles sont décrites et mises en image, etc.

      Il est donc évident – ou cela devrait l’être – que l’action du CEN et des organismes de protection aux différentes échelles régionales et nationales ne se limite pas à la gestion de certaines des parcelles mais à la défense de l’intérêt général, y compris par un travail auprès de tous les acteurs, lorsque des pratiques portent atteinte à l’écosystème. Lorsque nous marchons sur les sentiers des îles de Bonny, nous ne changeons pas de principes selon que nous sommes à un endroit ou 100 mètres plus loin dans la même forêt. Nous ne nous débarrassons pas d’un instant à l’autre de ce que nous savons sur la situation de la biodiversité, nous ne nous rendons pas indifférents aux êtres vivants qui ignorent tout quant à eux des questions de propriété. Nous sommes les mêmes personnes ici et là.

      Nul n’est propriétaire d’un paysage. Nul n’est propriétaire des nids des loriots en haut des arbres. Quant aux arbres, ils ne sont pas simplement du matériau dont on pourrait disposer à l’envi, à n’importe quelle période, sous n’importe quel prétexte : nous sommes entrés dans l’anthropocène, les canicules s’enchaînent, le réchauffement climatique global est une réalité tangible, la biodiversité s’effondre, notre maison brûle, et on ne regarde que les limites du parcellaire foncier ? N’y a-t-il vraiment que cela qui importe en ce moment ?

      Comme la plupart des habitants et des communautés concernés par l’entretien de nos milieux, nous faisons une différence entre d’une part les questions de propriété et de règlements, et d’autre part le fait de disposer à sa guise du vivant, des paysages, et des ressources nécessaires à toutes et tous pour affronter l’avenir. Nous savons tous et toutes que ce qui est légal n’est pas forcément acceptable ni légitime. Il a fallu des luttes pour rendre inacceptables, puis illégitimes, puis enfin illégales, des formes de violence et d’exploitation exercées sur des personnes faibles : les enfants, les femmes, autrui, et maintenant le vivant.

      Ainsi, il n’est absolument plus acceptable de disposer en propriétaire foncier de l’ensemble des êtres vivants qui vivent et pratiquent une terre. Si la loi est en retard sur l’évidence de ces principes éthiques, mais aussi de savoirs rationnels, alors il est nécessaire de lutter pour changer la loi et pour cela, nous devons réagir, agir, transformer les normes.

      Il se trouve d’ailleurs que Bonny -sur-Loire, et plus précisément le hameau des Loups et les bords de Loire, ont été le lieu d’activité de peintres rattachés à l’école de Barbizon. Or, ce sont ces peintres qui ont arraché au XIXème siècle, grâce à des luttes, les premières lois de protection des forêts, à Fontainebleau. Les instances de protection et de gestion de l’environnement n’existeraient tout simplement pas sans ces luttes anciennes qui se sont déroulées pour empêcher ce qui apparaissait légal à l’époque : déjà des coupes rases, dont les forestiers disaient qu’elles étaient nécessaires, et qu’elles se déroulaient sur des propriétés où il était légal qu’elle se déroulent. Mais heureusement, la longue lutte des peintres de Barbizon a sauvé la forêt de Fontainebleau de sa destruction programmée par des gestionnaires, et a transformé la loi. Ce qui était légal, est alors devenu illégitime puis illégal. Ne pas lutter aujourd’hui, à Bonny, serait une faute grave, une démission devant la réalité et l’urgence de la catastrophe environnementale en cours.

      Ce qui se passe à Bonny se passe également ailleurs, à deux pas, à Ousson, mais aussi ailleurs, et plus loin, avec par exemple la destruction des berges, ou des haies un peu partout dans la région : l’indignation, la colère, sont fortes chez les habitants. Elles ne sont pas dues à des ignorances ou à des erreurs d’appréciation du parcellaire foncier. Elles sont légitimes et nécessaires.

      Les particuliers et les collectifs qui se mobilisent en ce moment sont aussi des propriétaires de parcelles. Nous-mêmes, ainsi que plusieurs membres de notre association, sommes propriétaires de forêts à Bonny-sur-Loire, aux Loups, et même sur l’île des Loups, à deux pas des coupes en cours. Mais nous prenons soin des terres dont nous avons la responsabilité. Et même plus : certains d’entre nous s’empêchent de les exploiter ou de tirer un profit personnel de celles-ci (via une Obligation Réelle Environnementale, signée sous l’égide de l’ONG Agir pour l’environnement), car la valeur des haies, de la forêt, des berges, des oiseaux, des insectes, est inestimable, il est absolument nécessaire de les respecter en cette période critique. Le modèle de société qui a conduit à la surexploitation, au changement climatique, à la dégradation des milieux est condamné.

      Si nous, particuliers qui nous mobilisons pendant nos temps de loisirs alors que nous pourrions plutôt profiter de nos vacances, si nous transformons nos vies face à la menace, si nous sommes amenés à réagir à ces destructions, à ressentir l’effroi, la colère et le désir que les chosent changent, comment pourrions-nous imaginer que les instances officielles de protection, ou que les élus et responsables du bien commun, ne nous comprennent pas et ne nous aident pas en actionnant tous les leviers à leur disposition ?

      C’est pourquoi nous en appelons à tous les représentants de la puissance publique, et à toutes les instances de protection : il ne s’agit pas de simplement gérer en propriétaires légaux un foncier à rentabiliser : il s’agit de réellement faire en sorte que des coupes à blanc en pleine période de nidification ne soient simplement plus possibles. De faire en sorte qu’on ne méprise plus les habitants d’un lieu au point de leur interdire l’accès à des lieux de promenade et de découverte de la nature. De faire en sorte qu’on ne méprise plus le débat public et la démocratie au point de ne même pas juger utile de les informer d’une destruction de leur lieu de vie aussi radicale, aussi soudaine, sans leur donner la possibilité de réagir et de proposer des solutions plus écologiques, qui existent, car les coupes rases sont une absurdité, d’un autre âge. Ces manières totalement irrationnelles dans le contexte de l’anthropocène sont aujourd’hui inacceptables. Elles doivent changer, et nous allons lutter avec d’autres pour cela.

  2. Bonjour, il existe un cadre juridique concernant la destruction d’habitats d’espèces protégés et en particulier du moment ou cela peut se faire. Il faudrait porter plainte avec le constat de cette destruction,

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