Nous rendons publics les trois mails que les membres du bureau de Bureau 122 ont envoyé chacun à la députée Constance de Pélichy (députée de la de la troisième circonscription du Loiret), qui a voté en faveur de la loi Duplomb 2 (loi d’urgence agricole). Nous publierons avec grand plaisir sa réponse quand elle nous parviendra. Les mails sont reproduits ici in extenso, dans l’ordre de leur envoi :

De Catherine Fumé à Constance de Pélichy, le 21 juillet 2026 :

Bonjour Mme de Pélichy,
 
Je fais partie, si vous vous en souvenez, des personnes qui ont voté pour vous lors des législatives de 2024. J’ai même poussé l’obligeance jusqu’à coller des affiches et mettre des tracts dans les boîtes aux lettres en soutien à votre candidature, au 2nd tour de celles-ci, contre celle du Rassemblement National.
Je vous rappelle que vous avez pu être élue grâce aux reports de voix permis par l’appel du candidat de la France Insoumise, Clément Verde.
 
Nous comptions sur vous pour porter des positions éclairées et dans le sens de la défense du bien commun.
Je vous avais écrit avant le vote sur la  loi d’urgence agricole pour vous demander de voter contre celle-ci, en l’état.
Or je découvre que vous vous y êtes déclarée favorable.
 
Vous avez été nommée vice-présidente de la commission spéciale sur la protection de l’enfance.
Les conséquences de la réintroduction de pesticides dangereux pour la santé des enfants, en particulier, ne vous inquiètent donc pas ?
 
Et, en cette période de grave sécheresse dans notre département, l’accaparement de l’eau par quelques grands irrigants via les méga-bassines, ne vous pose pas non plus problème ?
 
Je me permets de vous mettre le lien vers la tribune de M. Selosse, scientifique reconnu du Muséum d’Histoire Naturelle
 
J’espère que vous aurez le courage d’expliquer vos choix à l’ensemble de vos électrices et électeurs.
 
A vous lire
Catherine Fumé
 
De Igor Babou à Constance de Pélichy, le 21 juillet 2026 :
 
Bonjour Mme la députée,
 
Je me permet de rebondir sur le mail, bienvenu, de mon amie Catherine Fumé, co-fondatrice de notre association d’écologie Bureau 122, située à Bonny-sur-Loire. Je mets également en copie Joëlle Le Marec, professeure au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, également cofondatrice de notre association.
 
En tant que scientifique (je suis professeur à l’université Paris Cité, et membre d’un laboratoire du CNRS qui travaille sur l’environnement, l’agriculture et la santé), je suis excédé par les comportements et discours anti-sciences des députés et sénateurs, qui, du du bloc central jusqu’à l’extrême droite, dans un élan aussi suicidaire qu’obscurantiste, ont favorisé le vote de cette loi criminelle et irrationnelle qui met en danger la santé des habitants de ce pays, notamment celle des enfants, des agriculteurs et des riverains des parcelles cultivées en agriculture conventionnelle. 
 
Cette loi, contestée unanimement par tous les scientifiques du domaine (voir ici : https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/23/dans-la-revue-science-l-inhabituelle-prise-de-position-de-chercheurs-francais-contre-la-proposition-de-loi-duplomb-2_6682846_3244.html), ainsi que par de nombreuses associations de médecins (voir ici : https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/30/loi-duplomb-l-ordre-des-medecins-prend-position-contre-estimant-que-les-alertes-ne-peuvent-etre-ignorees_6625545_3224.html), ne va – comble de l’ironie  – résoudre aucun des problèmes des agriculteurs. Vous le savez bien : elle a été dictée par la FNSEA, syndicat terroriste et violent issu du pétainisme (voir ici : https://revue-histoire.fr/histoire-contemporaine/la-fnsea-creation-puissance-agricole/), qui n’a eu de cesse de mener l’agriculture française à la catastrophe au nom d’une conception industrielle, technocratique et financiarisée de cette activité. Cette conception de la modernisation agricole, calquée sur le modèle des Etats-Unis par certaines élites technocratiques française à partir des années 40 à 50, accentuée de manière caricaturale avec le remembrement dans les années 60, est aujourd’hui totalement dépassée dans le contexte des canicules, et des crise climatiques et de la biodiversité. Sur ce point il y a un total consensus scientifique et médical contre votre vote.
 
Vous portez une lourde responsabilité avec ce vote : nous saurons nous en rappeler, et je ne doute pas qu’un jour la justice saura également vous rappeler que vous avez contribué à mettre la vie de vos concitoyens en danger. Aux USA, les industriels du tabac et leurs soutiens politiques qui ont délibérément entretenu un état d’ignorance scientifique dans la population, ont été confondus par des historiens des sciences – en particulier Robert Proctor, un grand historien contemporain – qui a démontré, preuves à l’appui devant des tribunaux, que ces derniers avaient « comploté » (c’est le terme utilisé par la justice aux USA lors d’un procès retentissant) contre la santé publique (voir ici : https://lejournal.cnrs.fr/articles/linvention-la-plus-dangereuse-de-lhistoire et ici : https://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/25/les-conspirateurs-du-tabac_1647738_3224.html). Ces industriels ont été lourdement condamnés.  Je suis persuadé que la justice tranchera dans le même sens, un jour prochain, au sujet de la loi Duplomb et de ses soutiens.
 
Recevez, madame la députée, l’expression de mon très profond mécontentement
 
—
Igor Babou
Professeur à l’université Paris Cité, Ladyss (UMR CNRS 7533)

 

De Joëlle Le Marec à Constance de Pélichy, le 25 juillet 2026 :

Bonsoir madame la députée

Je réagis à mon tour en remerciant Catherine Fumé et Igor Babou d’avoir exprimé la consternation qui est aussi la mienne et celle de très nombreuses personnes, et d’avoir rappelé les positions claires et argumentées des chercheurs et des médecins sur le danger que représente le type d’agriculture que vous venez de soutenir avec votre vote.

Celui-ci est incompréhensible pour moi qui suis une citoyenne et qui en tant que telle respecte l’expertise des collectifs de scientifiques et de soignants, et pour qui ce respect de la vérité devrait évidemment guider la décision publique et l’exercice de la responsabilité chez nos représentants élus. Elle m’est également incompréhensible en tant que femme, maman et grand mère, totalement sidérée par l’obscurantisme et l’insensibilité des politiques et des lobbyistes défenseurs d’un modèle d’agriculture qui condamne avant tout celles et ceux à qui nous nous devons le plus : les enfants, et les plus vulnérables.

Mes propres enfants luttent sans relâche, et avec de moins en moins de soutien, pour aider leurs semblables, leurs égaux, dans les domaine de la santé et de l’agriculture biologique. J’ai honte des décisions de cette représentation nationale égoïste, peureuse, insensible, et finalement criminelle.

J’ai d’autant plus honte que, en tant que chercheuse et enseignante, je sais que vous avez tous les éléments pour prendre vos décisions en connaissance de cause : tout est public et publié.

J’ai donc besoin de savoir pourquoi vous avez voté cette loi qui a tourné le dos à une pétition signée par plus de 2 millions de français, qui va à l’encontre des recommandations des scientifiques et des chercheurs, et qui contribue à aggraver follement la crise environnementale et sanitaire dont on vit les effets directs dès aujourd’hui avec les désastres qui découlent de l’indifférence à 50 ans d’alertes concernant le climat et le vivant.

En tant qu’élue, vous avez le devoir de nous répondre et de nous dire quels sont les éléments qui l’ont emporté sur ces enjeux sanitaires et environnementaux : vous êtes élue et vous devez des explications aux électeurs.

Je voulais également témoigner d’une expérience récente qui contribue à ma honte et à ma peine : je ne réagis qu’aujourd’hui car j’étais dernièrement au Brésil dans l’État de Bahia dans une communauté autochtone pour un travail de recherche. En voyant la manière dont la communauté respecte, chérit, protège ses enfants et ses jeunes, la manière dont toutes les décisions sont guidées par le souci de leur avenir après des décennies de luttes dont la mémoire est transmise et nourrit le souci de l’éducation, de la santé, de la dignité et de l’avenir des jeunes, j’ai ressenti de la joie puisque c’était porté politiquement à toutes les échelles, communautaire, régionale et nationale, mais j’ai ressenti dans le même temps de la peine en pensant à la manière dont nous traitions nos propres enfants, premières victimes à venir de cette loi « urgence agricole » fondée sur l’ignorance ou le refus de la vérité.

Merci de nous répondre à propos des arguments qui peuvent amener une élue, une femme, à privilégier ce vote.

Joëlle Le Marec, PALOC, Museum National d’Histoire Naturelle, et Association Bureau 122.

2 Replies to “Lettres ouvertes de Bureau 122 à la députée Constance de Pélichy suite à son vote en faveur de la loi Duplomb 2”

  1. La députée Constance De Pélichy a répondu, par un mail standard, à nos lettres. Cette réponse ne nous a pas convaincus et nous la trouvons même consternante. Vous la trouverez plus bas. Plutôt que d’y répondre point par point, nous préférons reproduire la lettre de la romancière et agricultrice bio Agnès Ledig, qui a choisi de rendre sa légion d’honneur en raison du vote de la loi Duplomb 2. Cette magnifique lettre synthétise la plupart de nos arguments, et elle montre que contrairement à nombre de politiciens et politiciennes, il existe dans la société civile des personnes dignes, qui sont capables de clairvoyance politique et scientifique, et pour qui l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers des quelques richissimes patrons de l’agrobusiness qui ont écrit et fait voter cette loi inique. Nous publions également à la suite de cette lettre, celle envoyée à Constance de Pélichy, par Nicolas Méchériki, artiste peintre vivant à Lion en Sulias, et qui montre que nous ne sommes pas les seuls, loin de là, à être excédés. Il a reçu le même mail standardisé que nous en réponse. Enfin, à la suite de ces échanges, nous publions quelques liens utiles qui démontrent que l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, une agence gouvernementale chargée de rendre des avis sur les pesticides), contrairement aux affirmations de Constance de Pélichy, n’est plus une autorité sanitaire et scientifique indépendante.

    Constance de Pélichy, le 27 juillet 2026 :

    Madame, Monsieur,

    Le texte voté la semaine dernière est imparfait mais apporte des solutions aux problèmes actuels.

    Pour les consommateurs d’abord, cette loi leur permettra une meilleure information sur l’origine des produits consommés. Ensuite, le texte prévoit la possibilité de sanctionner voire d’interdire l’importation de produits qui ne respecteraient pas nos règles environnementales. Par ailleurs, grâce aux nouvelles mesures les agriculteurs seront mieux protégés contre les vols et dégradations de leurs exploitations. Il sera aussi possible de mettre en place des prix planchers pour le lait, le vin et la production bovine et donc ainsi mieux rémunérer ceux qui nous nourrissent. Enfin, ce texte permettra de mieux protéger nos ressources en eau.

    Malgré ces avancées importantes pour notre agriculture, ce texte prévoit aussi la réintroduction potentielle des néonicotinoïdes, qui représentent un risque pour notre santé. D’une part, cette utilisation ne pourra être que dérogatoire. D’autre part, cette réintroduction ne pourra se faire qu’après son étude par l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Cette entité scientifique rendra sa décision dans les six prochains mois. Ainsi, l’utilisation de ce pesticide ne sera plus le fait de décisions purement politiques, comme le souhaitait monsieur Duplomb, mais le fait de décisions scientifiques adossées à des études rigoureuses.

    Je comprends et partage votre inquiétude, c’est ce qui m’avait conduit à ne pas voter la loi Duplomb. Je considère cependant que ce texte, loin d’être parfait, apporte des réponses à des agriculteurs en détresse tout en cadrant très sévèrement la question des pesticides.

    Je vous remercie une nouvelle fois pour votre courrier.

    Bien cordialement,

    Constance de Pélichy

    Lettre d’Agnès Ledig au président de la république :

    Monsieur le Président de la République,

    Pour garder mon honneur, je vous rends ma légion.

    En tant que maman de trois enfants, en tant que sage-femme et en tant que paysanne, désormais.
    Cette distinction n’avait de sens que si j’en trouvais dans la République qu’elle est censée symboliser. Une République dont la devise est « liberté, égalité, fraternité ».
    « Art. 11 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 : Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
    Voilà des années que je m’interroge face aux scandales sanitaires, aux catastrophes écologiques, à la faiblesse des décisions politiques devant l’urgence climatique. Et la goutte de pesticides de la loi d’urgence agricole a fait déborder le vase de ma colère, de mon indignation.

    Monsieur le Président, vous aviez promis de make our planet great again. À la place d’actions concrètes, efficaces, soutenues, durables, sont apparues des mesures sans logique. Un seul exemple désespérant : le « milliard d’arbres » qui a principalement servi l’intérêt des exploitants forestiers, et a détruit plus encore la biodiversité par des coupes rases insensées, au profit des grands groupes. Du vent en somme, comme celui qui attise aujourd’hui les incendies hors de contrôle, dans lesquels meurent des pompiers et, abandonnées à leur triste sort, une faune et une flore sauvage qui n’ont rien demandé.

    À force de détruire le vivant dans un anthropocentrisme effréné, certains humains compromettent l’habitabilité de la planète, se pensant bêtement au-dessus des écosystèmes alors que nous en faisons partie. Aucune autre espèce sur terre ne détruit le milieu dans lequel elle vit et duquel elle dépend. Et cette destruction, nous sommes nombreux à la subir et à la condamner, conscients de la gravité de la situation et des mesures nécessaires (et existantes).

    Pourtant, la charte de l’environnement (inscrite dans la constitution depuis plus de vingt ans) précise cela :
    Article 1er. Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
    Article 2. Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.

    En soutenant la loi d’urgence agricole, votre ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a-t-elle pris part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement, ce dont elle a le devoir ? Non. Les sénateurs, les députés qui l’ont votée ont-ils respecté ce même article 2 de la charte de l’environnement de la constitution ? Non plus.
    Et ce, contre l’avis des scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme depuis des années, qui la secouent de plus en plus fort et que les politiciens font semblant de ne pas entendre.

    Moi-même formée dans le domaine de la science, sage-femme diplômée d’État depuis 2005, en exercice jusqu’en 2015, je ne comprends pas comment un État républicain peut accepter que l’on retrouve des centaines de molécules chimiques dans le sang du cordon de ses enfants sans prendre des mesures urgentes et systémiques pour y remédier. Ces molécules toxiques (dont les pesticides) qui passent la barrière placentaire les empoisonnent à petit feu durant la période fœtale si sensible (les atteintes neurotoxiques potentielles sont documentées dans le cas de l’acétamipride).

    J’ai eu l’occasion d’interpeler récemment un sénateur lors d’une réunion dans ma commune, lequel faisait partie de la commission mixte paritaire de la loi d’urgence agricole. Quand, concernant la réintroduction des deux pesticides interdits en 2018, il s’est retranché derrière l’avis de l’ANSES (sous tutelle de l’état, soit dit en passant, et n’ayant que 2 mois pour statuer, ce qui à l’échelle temporelle de la science est impossible pour établir des preuves), je lui ai demandé comment il considérait l’avis, entre-autre, du conseil de l’ordre des médecins qui s’oppose fermement à cette réintroduction.
    – L’ordre des médecins ? Joker !
    – Comment ça Joker ?
    – Joker !
    – Eh bien dites-moi pourquoi mettre un joker ?
    – Les médecins ne sont pas des scientifiques capables de statuer sur l’innocuité ou non des pesticides.

    Je vous laisse juger du mépris de ses propos pour une profession entière (12 à 15 ans d’études), en première ligne pour mesurer l’ampleur de l’évolution des pathologies, chargée de soigner des malades au quotidien, parfois d’annoncer de terribles nouvelles.

    Il y a vingt ans, ce sont des médecins qui nous ont annoncé la leucémie de notre petit garçon de 5 ans. Il en est mort un an plus tard après des mois d’une lutte courageuse et digne. Personne n’a cherché les causes. Aujourd’hui les sociétés savantes les connaissent, les liens sont établis et l’épidémie de cancers pédiatriques ne cesse de progresser. Ils sont confrontés à trop de molécules toxiques dès leur conception. Quand ils arrivent à être conçus. Vous parlez de « réarmer » la natalité. Mais les gamètes sont malades aussi et les perturbateurs endocriniens désarment la fertilité…

    J’ai évoqué le sort de notre fils avec ce même sénateur, en lui demandant de s’intéresser aux alternatives aux pesticides (étude de l’INRAE qui montre sur 10 ans l’efficacité de l’agriculture sans pesticides, expériences en agroécologie documentées, …) pour limiter les risques sur la santé de nos enfants. Sa réponse : « Je suis désolé pour ce que vous avez vécu, mais … »
    « Mais… » Il avait des arguments : ces molécules sont autorisées ailleurs, nos agriculteurs souffrent de la concurrence déloyale, il y a des filières à protéger « parce que dans le nutella il y a des noisettes » (sic).

    Monsieur le Président, je demande à un sénateur qu’il applique le principe de précaution concernant des molécules dangereuses pour la santé de nos enfants en donnant l’exemple de mon fils emporté par une leucémie à 5 ans et il me parle de Nutella.

    Notre société en est-elle encore là en 2026 ? À sacrifier des enfants sur l’autel de la compétitivité agricole ? Sérieusement ? En toute impunité ? Sans scrupule et sans honte ?

    Mon fils de 28 ans, (il avait 8 ans quand son petit frère est mort), présent avec moi lors de cette réunion, était tout aussi dépité face au discours du sénateur Nutella.

    Parfois je me demande si finalement mon tout petit, la chair de ma chair, cette âme joyeuse et pure, n’est pas plus en sécurité là où il repose désormais que mes deux enfants vivants qui assistent, impuissants, à ce spectacle de destruction méthodique du vivant qui compromet leur avenir. Je suis inquiète pour eux.

    Quel parent n’est pas inquiet pour ses enfants en constatant les effets du dérèglement climatique qui s’emballe au-delà des projections ?

    Il se trouve que je suis également paysanne, femme de paysan. Nous travaillons la terre au quotidien, prenons soin de nos animaux, sur une ferme en bio, soucieux de l’équilibre des écosystèmes, effrayés par l’effondrement dramatique des populations d’insectes et d’oiseaux (entre autres). Nous créons des mares, plantons des haies, à notre minuscule échelle, pour avoir l’impression d’agir pour une biodiversité en grave danger. Une extinction de masse extrêmement rapide. Là aussi, les scientifiques alertent depuis des années. Personne ne peut ignorer ces faits.

    Mais, Monsieur le Président, les insectes sont nécessaires à la pollinisation de tout ce que nous mangeons. TOUT. La souveraineté alimentaire n’est rien sans des fleurs dans les cultures, dans les arbres, dans les prés, et sans insectes pour les butiner.

    L’agriculture française ne doit-elle pas s’adapter, changer ses productions, reconstituer les écosystèmes, respecter les cycles de l’eau et ceux du vivant ? Des solutions existent, vous les connaissez. Cette loi d’urgence agricole va pourtant dans le sens inverse, aussi hors-sol que les animaux en élevages intensifs qu’elle autorise à plus grosse échelle encore et que les agriculteurs eux-mêmes doivent déjà enterrer par milliers pendant les canicules puisque les entreprises d’équarrissage sont débordées. Et des canicules, il y en aura d’autres.

    On ne peut pas climatiser le vivant qui nous entoure, les forêts, les rivières, les prés, les mares, les océans.
    Et que dire de l’eau dont la loi d’urgence vote l’autorisation d’un accaparement au profit d’un petit nombre d’exploitants et la destruction supplémentaire de zones humides, réservoirs fabuleux d’insectes, de batraciens, et autres espèces végétales aquatiques, et ce, en pleine sécheresse historique ? C’est lunaire !

    Je vois notre source se tarir rapidement ces derniers jours, avec l’impression d’être dans le roman de Marcel Pagnol, à faire des kilomètres d’aller-retours entre la source et notre jardin, la source et notre plantation de petits-fruits, la source et tous les végétaux assoiffés que j’essaie de sauver autour de moi, parce qu’ils font partie de ma vie, parce qu’en les voyant sécher, mon cœur sèche en même temps.
    En voyant la détermination de certains à poursuivre leur entreprise de destruction des écosystèmes, alors que ceux-ci sont déjà exsangues, ce n’est même plus dans un roman de Pagnol que nous sommes mais dans une dystopie, où des zombies aveugles et cupides s’acharnent à détruire tout ce qui respire encore.

    Pourquoi les agro-climatologues, les hydrologues, les botanistes, les biologistes, les médecins, les pompiers, … en somme les spécialistes de chaque domaine concerné ne sont pas écoutés et soutenus ?
    Pourquoi les citoyens ne sont pas entendus non plus ? Plus de 2 millions d’entre nous ont dit NON à la loi Duplomb dans une pétition historique. La démocratie ne se résume-t-elle pas à la formule « par le peuple, pour le peuple » ? Car le pouvoir émane des citoyens et doit servir l’intérêt général.
    Mais le pouvoir semble servir d’autres intérêts plus attirés par l’argent que par le vivant.
    Je pourrais vous parler de tant d’autres sujets qui montrent le peu de considération pour la population : cadmium, PFAS, protection des enfants, des femmes, état de nos hôpitaux, de nos écoles, des maisons de retraite ou des crèches, de nos forêts, des petits paysans …

    J’ai vu passer une idée parmi la population qui n’en peut plus… Il y a 53 milliardaires en France dont le bilan carbone est indécent. Et si, pour sauver l’honneur, le vôtre, avant de quitter votre mandat, vous mettiez au moins en place une mesure de soutien aux pompiers (admirables) en prenant l’argent où il y en a, sous la forme « un milliardaire / un canadair ». Basique, simple. Et si cela flatte leur ego, chaque carlingue pourrait porter leur nom, ce qui permettrait au petit peuple d’en bas qui souffre dans sa chair, de se souvenir de qui est en grande partie responsable du désastre, à chaque passage des avions au-dessus de la beauté du monde en feu.

    Je me sens trahie par celles et ceux qui détiennent les clés de la République et qui ne prennent pas soin de leurs concitoyens. À ce titre, je préfère ne plus apparaître dans une liste dont certaines personnes titulaires de cette légion, (grands patrons de groupes pétroliers par exemple) s’en prennent aux valeurs que je défends au quotidien, dans mon entourage, dans mes romans, dans mes actions, à savoir prendre soin de notre maison Terre avant qu’elle ne brûle complètement.

    Et vous, Monsieur le Président, où en êtes-vous de votre volonté de planet great again ?
    Il est encore temps…

    Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.
    ​​​​​​​​​Agnès LEDIG

    Lettre de Nicolas Méchériki à Constance de Pélichy, le 23 juillet 2026 :

    Madame de Pelichy,

    Je suis , comme je pense une majorité de personnes de la région Centre Val de Loire, attristé de constater que vous aussi, avez voté pour cette nouvelle loi qui autorise entre autres la réintroduction de pesticides dangereux pour l’environnement et les êtres humains… Comment , vous qui sembliez plus préoccupée par l’intérêt de vos semblables notamment en votant dernièrement pour la loi de l’aide à mourir avez-vous pu faire totalement l’opposé en vous ralliant à tous ces élus complètement déconnectés de l’état actuel de notre planète…Les canicules à répétitions, les gros problèmes liés à l’eau , l’épidémie de cancers dont le corps médical fait aujourd’hui le lien évident avec les pesticides qui nous environnent ne vous ont pas convaincu ? L’urgence agricole, c’était vraiment de faire tout l’inverse que cette loi pour laquelle vous avez voté et qui est passée permet! L’urgence agricole, c’était d’interdire les retenues d’eau alimentées par des forages, l’urgence agricole, c’était de protéger le vivant,à commencer par la santé des agriculteurs eux-même en ne donnant pas l’autorisation de la réintroduction de ces pesticides dangereux… Madame De Pélichy, vous avez été élue par le peuple mais je constate que votre rôle n’est plus du tout aujourd’hui de protéger la population mais celui de soutenir une agriculture hors-sol énergivore et gaspillant le bien commun qui est l’eau pour des intérêts personnels.

    Enfin, quelques liens utiles pour estimer le rôle et l’indépendance volée de l’ANSES :
    https://next.ink/1235/lanses-se-fait-remonter-bretelles-par-son-propre-conseil-scientifique/

    https://www.gossement-avocats.com/blog/pesticides-le-gouvernement-reduit-lindependance-de-lagence-nationale-chargee-de-la-securite-sanitaire-de-lalimentation-de-lenvironnement-et-du-travail-decret-n-2025-629-du-8-juillet/

    https://www.humanite.fr/environnement/agriculture/comment-lanses-est-devenu-la-caution-scientifique-du-gouvernement-pour-la-loi-durgence-agricole

  2. Bonjour

    Je suis effondré, attristé, en colère après la lecture de la réponse laconique de madame (sans le m majuscule) le sénatrice.
    Comment peut-on être aussi hors sol, répondre sans sourciller avec certainement des éléments de language venant tout droit de la fnsea ?
    Comment être capable de défendre l’indéfendable ?
    Comment peut-on se défausser sans scrupules sur des organismes sous tutelle de l’état ?
    Comment nier les plus de 2 millions de citoyens qui ont signés la pétition ?
    Comment nier les scientifiques et les médecins qui tirent sur le signal d’alarme hurlant qui n’a jamais fait de mal aux oreilles de nos soit-disant représentants ?

    Aujourd’hui, on s’aperçoit que les enjeux budgétaires sont la principale obsession de nos femmes et hommes politiques pour laver plus blanc que blanc (prenez le temps de voir et revoir notre cher disparu Coluche), pour permettre aux riches d’être encore plus riche, pour être élu ou réélu et profiter d’un système où l’entre-soi est de mise et où la place est confortable (cf le siège pour le séant de m Larcher à plus de 40000 € (TTC ou HT!)).
    Où on peut détourner autant d’argent sans trop avoir de sanction (c’est pas bien ce que tu as fait), où la parole d’un jour est très facilement couverte par son contraire le lendemain en étant droit dans ses bottes et en regardant dans les yeux.

    Par contre, personne ne parle de cette chaîne infernale :
    ==> Pollueurs/empoisonneurs
    (Bayer, Monsanto,… avec la complicité direct de la fnsea et des industriels de l’agroalimentaire) ou indirecte des petits paysans à qui on dit, « tu n’as pas le choix si tu veux avoir un bon rendement de tes cultures » ),
    ==> population malade
    (enfants, agriculteurs, tout le monde en fait, à petit feu, cancers et autres joyeusetés) qui n’a pas forcément les moyens de manger bio (et il y a bio et bio… d’Espagne par exemple !)
    ==> médicaments
    pour soigner ces maladies dont certains sont extrêmement chers , produit par les mêmes laboratoires qui ont diffusés leur poison : (Bayer, …).

    On constate que les pollueurs ne « cotisent » pas au budget de la sécurité sociale mais par contre les médicaments sont largement remboursés au profit des … laboratoires/pollueurs.

    Bref, je vais arrêter là ce texte écrit mais j’en ai tellement à dire à voix haute…

    Je suis avec vous de tout cœur et de toute mon âme.
    Très amicalement
    Daniel

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