Bureau 122 est situé à deux pas d’une forêt alluviale, qui s’étage entre la Loire et l’un de ses petits affluents locaux, la Cheuille. L’ensemble est classé Natura 2000 en raison des nombreuses espèces patrimoniales et protégées qui y vivent, notamment des oiseaux, comme l’indiquent les inventaires naturalistes réalisés sur place par le Conservatoire d’Espaces Naturels. Mais on y trouve aussi énormément de déchets apportés par les crues de la Loire, ou par des riverains, des touristes, des agriculteurs locaux, etc. : cannettes de bière ou de sodas, bouteilles brisées, polystyrène, bouteilles d’aérosols, et déchets agricoles (machines, tonneaux de métal, bidons de produits chimiques, etc.). 

Tous ces déchets constituent une nuisance visuelle dans le paysage, mais aussi une source de pollution importante. Outre les produits chimiques contenus dans certains bidons, les gros morceaux de plastique ou de polystyrène se désagrègent progressivement et rejoignent alors le sol, le sous sol, les nappes phréatiques ou encore la Loire. On les retrouve ensuite dans l’estomac des animaux, puis dans notre alimentation : plusieurs études menées sur les humains ont détecté des microplastiques dans les poumons, le sang et les selles. Mais certains de ces déchets sont également dangereux pour les promeneurs et les animaux : notamment les bouteilles brisées qui se retrouvent fréquemment pointe en l’air, ou certaines pièces de métal rouillées qui affleurent à peine au-dessus du sol. Si on les voit bien par temps d’hiver quand il n’y a pas d’herbe haute, à partir du printemps ces déchets constituent autant de pièges pouvant blesser des enfants ou des adultes, les moutons qui paissent dans la forêt, ou encore des animaux sauvages.

C’est pourquoi nous emportons régulièrement des sacs poubelle lors de nos promenades dans cette forêt alluviale. Aujourd’hui, nous sommes restés sur le sentier des îles de Bonny et avons collecté, en une petite heure et à deux seulement, plusieurs dizaines de kilos de déchets divers. Nous les avons regroupés à l’entrée du sentier de promenade, au niveau d’une poubelle située à côté d’une table de pique nique où de nombreux touristes et amateurs de la Loire à vélo s’arrêtent pour pique niquer à partir du printemps. Il est vraiment dommage que sur un site aussi fréquenté, il n’y ait qu’une toute petite poubelle dotée d’un sac d’environ 50 litres.

Il faudrait un bac de grande taille pour éviter que les déchets ne se retrouve par terre comme c’est le cas actuellement : on ne peut pas en vouloir aux touristes de se comporter salement si rien n’est fait pour les aider à jeter et trier leurs déchets. De même, si des panneaux informent les promeneurs de la récente restauration écologique de la Cheuille, rien ne les incite à respecter le site puisqu’il n’y a aucune information sur les espèces animales et végétales qui y vivent, et aucune information sur l’enjeu et la fragilité d’un écosystème aussi sensible et important au plan écologique qu’une forêt alluviale.

Parmi tous ces déchets, une catégorie omniprésente a attiré notre attention. Il s’agit des manchons en plastique beige utilisés par les viticulteurs de la région pour protéger les pieds des jeunes vignes au moment de leur plantation. Ces photos prises à quelques centaines de mètres de notre lieu de vie montrent l’ampleur de l’usage de ces manchons qu’on trouve dans toute la région :

Ces manchons de plastique se retrouvent ensuite par centaines dans les fourrés, y sont désagrégés par la pluie, le soleil ou le froid, puis rejoignent la forêt et les berges de la rivière Cheuille et la Loire. Les distributeurs de matériel agricole les vendent par lots, certains étant d’après eux biodégradables (ils sont alors en carton), d’autres non : ce sont ceux qui sont en plastique et qu’on trouve par terre dans la forêt un peu partout.

Quand on vit sur place, on en trouve vraiment partout et en grande quantité. L’industrie du vin est donc une calamité environnementale, et tant que rien ne sera fait par les pouvoirs publics pour interdire l’usage de ces manchons et accompagner les viticulteurs vers des pratiques respectueuses de l’environnement et de notre santé, les forêts alluviales de la région resteront des décharges à ciel ouvert et notre santé sera menacée par les micro-plastiques.

NB : pour en savoir plus sur l’importance des ripisylves au plan environnemental et sur leurs bienfaits pour les humains, voir ce texte : https://hal.inrae.fr/ENGEES/hal-05397252v1

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *