Environnement

Massacre à l’épareuse en bords de Loire, en pleine zone Natura 2000

Ce matin, entre Ousson-sur-Loire et Bonny-sur-Loire, une épareuse a sévi. Là où la jolie route de la Loire à vélo promettait un paysage bucolique, puis sur le trajet du sentier de Grande Randonnée qui serpente entre les vignes des coteaux du Giennois, en pleine zone Natura 2000 (avec directive oiseaux et habitat, et Zone d’Intérêt pour la Conservation des Oiseaux), le paysage est dévasté : les haies et les arbres ont leurs branches broyées, avec des blessures qui ne pourront pas guérir. Même de grands arbres éloignés de la bordure de la route, même des ormes, ont subi ce traitement indigne ! Et comme on peut le voir dans la dernière des photos (en bas de ce texte), chaque année une implantation de renouée du Japon (une plante très invasive qui détruit toute diversité là où elle s’installe) est rasée par l’épareuse, ses tiges coupées sont laissée sur place, et ses graines sont rependues sur le sol, ce qui conduit mécaniquement (par bouturage naturel et essaimage par les épareuses) à son extension indéfinie…
 
C’est sidérant ce qu’une personne seule – le conducteur de l’engin – peut faire comme dégâts en peu de temps ! Pourtant, rien ne justifie un tel massacre : la route en question est principalement destinée à la randonnée a vélo, la vitesse y est limitée à 30 km/h, et elle est quasiment rectiligne : il n’y a donc aucun problème de sécurité ni de visibilité.
 
Pourtant le désastre est réel : ces destructions d’arbres en plein début d’hiver conduiront à une raréfaction des habitats et des ressources pour les oiseaux supposément protégés par le label Natura 2000, et le paysage n’incite plus vraiment à la flânerie ni au tourisme.
Comment peut-on encore en être à ce niveau d’insensibilité au vivant et de mépris des bases les plus élémentaires du respect de la nature en 2023 ? Alors même que les grandes villes ont, en général, adopté des principes assez vertueux de gestion différenciée des espaces verts et de la voirie, les campagnes semblent se caractériser par leur absolu désintérêt pour tout ce qui relève de l’écologie.
 
Si un seul conducteur de machine provoque tant de dégâts, cela ne doit pas faire oublier que ce désastre est avant tout collectif et structurel : il s’agit d’entreprises contractualisées par des élus de collectivités territoriales.
 
Deux jours avant, toujours à Ousson-sur-Loire, deux ouvriers faisaient hurler durant toute une matinée leurs souffleuses thermiques afin de pousser une grande quantité de feuilles mortes dans la Loire. Quel bullshit job ! Plutôt que de profiter de cette manne pour organiser un compostage collectif dans les jardins situés à deux pas, on prend le risque de l’eutrophisation des rivières (la Loire, mais aussi le Ousson) et on gâche de l’essence et du temps humain inutilement, sans même parler des nuisances sonores.
 
On ne sortira pas de la crise environnementale et climatique dans ces conditions : il ne servira à rien de parsemer nos campagnes de champs d’éoliennes ou de les recouvrir de panneaux photovoltaïques si dans le même temps on continue à détruire systématiquement tous les milieux qui permettent au vivant de se développer. En effet, tout est lié : le climat ne s’améliorera pas si on délaisse à ce point la biodiversité ordinaire – oiseaux des champs, friches, haies, etc. – car cette biodiversité ordinaire est l’une des conditions-clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Et à quoi servirait une planète au climat restauré si elle ne disposait plus des végétaux permettant aux insectes pollinisateurs et aux oiseaux des champs de survivre ?
Il est temps que ces pratiques d’un autre âge soient interdites et qu’on conditionne les labels qui attirent les touristes (comme Natura 2000) à un véritable respect du vivant, et en particulier ici des arbres et des haies.

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