Photo d’un pic noir prise dans la forêt des îles de Bonny-sur-Loire, avant la coupe rase. (c) Marie Chantal Quevre
Plus de 800 signatures pour la pétition contre les coupes rases à Bonny-sur-Loire, dans un site Natura 2000 !
Merci pour votre soutien et merci également aux scientifiques qui ont été les premiers signataires de cette pétition : Pierre-Henri Gouyon (professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle, Jacques Tassin (écologue au CIRAD et biographe de Maurice Genevoix) et Joseph Garrigue, ancien conservateur de la Réserve Naturelle Nationale « Forêt de la Massane » (inscrite au patrimoine mondial par l’UNESCO).
Nous avons appris récemment par la presse que cette forêt avait été détruite pour fabriquer des cagettes. Car il s’agissait d’une forêt, et non d’un simple alignement de peupliers. Comme l’indique l’expertise de Joseph Garrigue, « la désignation cadastrale de « plantation » seule ne tient pas au constat réalisé sur place avec la présence de nombreuses espèces spontanées comme le chêne, les saules, les ormes et nombreuses autres essences présentes. La photo illustrant les coupes sur la pétition mise en ligne est tout à fait explicite sur ce point et montre clairement des boisements mixtes et diversifiés. On n’est donc pas sous le coup des autorisations possibles pour une plantation exclusive de peupliers […]« . Et plus loin : « A cette saison de nombreuses espèces d’oiseaux nichent encore sur ce site, que ce soit le Loriot d’Europe, qui affectionne particulièrement les peupleraies. Les peuplements matures, comme il est précisé, abritent bien d’autres espèces comme les pics notamment épeichette et épeiche, sittelle torchepot, grimpereau des jardins, cortège de mésanges, etc, et pour beaucoup d’entre elles, la nidification n’est pas terminée soit parce qu’elles nichent tardivement, soit qu’elles entament une seconde nichée. Les coupes ont entraîné la destruction directe des nids, des œufs ou des poussins qu’ils contiennent. De manière indirecte, les coupes rases ont aussi entraîné la destruction des espèces présentes de sous-bois qui nichent à cette saison, comme le troglodyte, le merle, les fauvettes, les pouillots, etc. De ce simple constat, les coupes sont illégales et tombent sous le coup de la loi«
Or, nous réalisons avec cette mobilisation que le label Natura 2000 n’est ni protecteur ni même incitatif. Dans ces conditions il est assez trompeur de signaler des endroits classés Natura 2000, avec des panneaux demandant aux promeneurs de tenir leur chien en laisse ou de ne pas rouler avec des motos sur le sentier. On peut en effet du jour au lendemain retrouver le site arasé par les bulldozers.
La pétition a réuni un nombre de signataires équivalent à la moitié des habitants du village de Bonny-sur-Loire. Si tous les signataires ne sont pas des « locaux », les témoignages que nous avons recueillis sur notre site émanent d’habitants du village ou de la région. Et ils sont sans appel : ce paysage et les vivants qui l’habitaient manquent et ce manque crée de la colère. Car une forêt n’appartient en réalité à personne.
Des habitants du hameau se mobilisaient d’ailleurs bénévolement pour nettoyer les ordures amenées par les crues dans cette forêt. Une forêt est un « commun », une garantie pour notre avenir, et nous devons en prendre soin en période de chute dramatique de la biodiversité et de réchauffement climatique global.
Si ces 800 signatures ne sont pas aussi impressionnantes que les 2 millions et quelques de signatures contre la loi « Duplomb », qui condamne la population française au cancer pour sauvegarder les bénéfices de l’agro-industrie, le parallèle est signifiant : il n’est plus possible de maintenir un système de gestion dépassé quand des solutions alternatives existent. Il est nécessaire d’exploiter le bois, mais d’autres manières de gérer les forêts sont possibles : l’ONG Canopée les présente, elles sont efficaces et rentables.
C’est ce que nous souhaitons pour la suite. En premier lieu, anticiper, changer le cours des choses, faire autrement, car comme le dit Joseph Garrigue « pour un futur plus désirable et soucieux de la préservation des écosystèmes et de la nature en général, cette parcelle aurait pu faire l’objet d’un rachat de la coupe, ou d’un contrat Natura 2000 pour des îlots de vieillissement. Le mal est en partie fait, et sur ces zones les préconisations devraient être la libre évolution et non la replantation qui conduira dans une trentaine d’années au même massacre. »
Pour éviter ce nouveau massacre dans 30 ans, continuons à signer cette pétition, à signaler les coupes rases illégitimes, et à informer les propriétaires et les élus de l’existence de manières d’habiter un territoire qui sont respectueuses du vivant et de la démocratie . C’est ce que nous faisons avec l’association Bureau 122 depuis quatre ans, et nous allons continuer.

